III- Impacts environnentaux de l'industrie pétrolière

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Catastrophe BP dans le Golf du Mexique en 2010

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Dans cette partie, nous allons tenter de montrer les conséquences méconnues d'une industrie pétrolière sans éthique à travers quelques exemples, de lister les principales conséquences de ces actions à motivations économiques mais aussi des avancées qui ont été faites dans ce domaine.

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 1)      Afrique et Amérique touchés par le pétrole

Bien sûr que le prix que l’on paie revient aux compagnies, moins sûr qu’elles en font profiter aux populations locales. Bien sûr qu’elles profitent des faiblesses des gouvernements, moins sûr qu’elles font attention à la maintenance de leur matériel. Nous avons de nombreux exemples faisant apparaître les actions inacceptables des multinationales pétrolières, qui, sans l’ombre d’un regret, créent l’appauvrissement de régions entières et mettent à mal leurs écosystèmes.

Nigeria : l’industrie pétrolière a créé l’appauvrissement des populations, les conflits et la maladie. En effet, la faiblesse et la corruption du gouvernement du Nigeria permet aux industries pétrolières d’une part de récupérer entièrement la première richesse du pays, et d’autre part de ne pas respecter les normes de sécurité. Cette exploitation pollue l’eau des populations locales et les poissons. Les gens sont touchés dans leur alimentation mais aussi dans l’air qu’ils respirent car certains puits rejettent du pétrole et créent des mares d’où émanent des vapeurs toxiques à proximité des villages. Enfin, des torchères brûlent jour et nuit, imposant aux habitations une lumière  continue et une pollution de l’air en matières toxiques. Voir les documents d’Amnesty Internationale ici

nigeria_niger_delta_08Rejets d'hydrocarbure dans le village d'Ikarama au Nigeria en 2008

Congo : Les habitants ont remarqué, dans la région de Moanda de la République Démocratique du Congo, une augmentation des maladies des yeux assez alarmante. Or, cette augmentation a commencé à partir du moment où Perenco – industrie pétrolière – a lancé son exploitation dans la région. Les habitans ont demandé des analyses qui leurs ont été fournies par la société puis à un organisme indépendant, dont toutes les demandes d’évaluation des impacts environnementaux au sein de l’activité pétrolière de Perenco dans la région ont été refusées. Malgré cela, les suspicions sur le lien entre Perenco et l’augmentation des maladies des yeux est très forte. De plus, un autre impact a été remarqué : certains arbres fruitiers responsable du dynamisme économique de la région se sont asséché au cours des dernières années, ce qui plonge les habitants dans la misère. Voir le dossier ici

congo_010     Pérou : L’exploitation pétrolière est la ressource économique par excellence au Pérou et confère une incroyable richesse à ce pays. Pourtant, près de 70% de la population vit dans la pauvreté. La construction d’un puits de forage enlève environ 15 hectares de foret, pour la place nécessaire et la construction des bâtiments. Des « piscinces » sont creusées, et des dêchets sont jetés sans contrôle dans le trou (en moyenne 4 000m3 de boues et de dêchets toxiques par puits). Il vont ensuite s’incruster dans la terre et rentrer dans les nappes phréatiques que vont boire les villages alentours. De plus, des milliers de litres de pétrole et de gaz sont brûlés et provoquent des maladies de peau et de respiration chez les habitants voisins. Enfin, les oléoducs sont mal entretenus et traversent des régions dangereuses : 94 failles sismiques et 6 volcans actifs. Les fuites estimées par le gouvernement sont de 63.5 millions de litres soit moins de la marée noire du Exxon Valdez (40.8 millions de litres). Voir l’article ici.

deforestation940x705      Canada : Dans le bassin d’Alberta au Canada, presque 1 000 000 de litres de pétrole sont extraits des sables bitumeux (pétrole qui n’a pas rencontré de « toit » imperméable et qui est remonté jusqu’à la surface). L’extraction de pétrole des sables est très polluante. Après la déforestation et l’enlèvement de la tourbe – qui contient de 15 à 30% du CO2 terrestre -, on chauffe le sable à la vapeur (quantités colossales d’eau) et on utilise de nombreux solvants qui, une fois utilisés, sont jetés dans les « piscines » laissées en plan, créant des lacs toxiques. On a aussi remarqué une augmentation des maladies cardiaques dans la région. 

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Conséquences de l'extraction des sables bitumeux à Alberta au Canada

Bien entendu, nous avons parlé de ces deux continents très touchés par l’extraction du pétrole, mais tous les continents sont impliqués dans ce problème.

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2)      Retour sur les types de dégats provoqués par l’industrie pétrolière

Les dégats provoqués par l’industrie pétrolière touchent autant l’Homme que la Nature. Nous allons dresser un rapide tableau des types d’impacts et de leurs conséquences, au vu des exemples précédents.

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Impacts sur la Nature :

Pollution de l’air : Plusieurs étapes de l’exploitation pétrolière libèrent matériaux toxiques dans l’air et/ou à effet de serre. Par exemple, le raffinage rejette des oxydes de soufre, des oxydes d’azote, des composés organiques volatiles, du monoxyde de carbone, du benzène et d’autres gaz à effet de serre. Bien entendu, le transport joue aussi un rôle important dans cette pollution car les camions citernes rejettent 79g de CO2 par tonne et par kilomètre, ce qui veut dire 1738g par kilomètre pour un 22 tonnes.

trou_couche_dozine_arctiqueTrou de la couche d'ozone

Pollution des sols : Lorsqu’une multinationale décide de lancer une production, elle  construit un ou plusieurs fosses (ou « piscines ») dans la nature où elle va rejeter des monticules de produits toxiques pour les hommes et la Nature. Une fois la production terminée, elle laisse les déchets et par creuser ailleurs. Les matières laissées s’immiscent dans les sols et les polluent avant d’arriver aux nappes phréatiques.

Pollution de l’eau : Comme dit précédemment, l’extraction des sables bitumeux nécessite beaucoup d’eau et l’utilisation de solvants que l’on rejette dans des fosses. Ces déchets descendent jusqu’aux nappes phréatiques. Bien entendu, les animaux et les hommes utilisent l’eau pour boire et manger (poissons). Enfin, nous pouvons mettre le doigt les catastrophes régulières qui se passent en mer. Voici les principales marées noires :

ð  Torrey Canyon (libérien) 119 000 tonnes en 1967

ð  Amoco Cadiz (libérien) 227 000 tonnes en 1978

ð  Tanio (Bretagne) 7 000 en 1980

ð  Exxon Valdez (Alaska) 40 000 tonnes en 1989

ð  Erika (Bretagne, Pays de Loire) 20 000 tonnes en 1999

Remarque : nous ne developperons pas ce point par manque de temps, mais il semble que les dégazages illégaux, c’est-à-dire l’action de nettoyer les barils de pétrole vides pour éviter les explosions soient LA première pollution des eaux. En général, les bateaux (souvent pétroliers) pratiquent ceci en mer pour éviter de payer les frais de nettoyage (0.15 € par m3). Ce sont des rejets continus plus dévastateurs que les marées noires occasionnelles. Pour se donner un ordre d’idée, on estime que chaque année, 20 fois plus d’hydrocarbures sont déversés dans la Méditerranée que pour le naufrage du « Prestige » en 2002. Voir dans la bibliographie des documents sur les dégazages illégaux pour plus d’informations.

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            Déforestation et enlèvement de la tourbe : Pour pouvoir créer des puits de forages, les industries pétrolières utilisent en général entre 10 et 15 hectares de forêts pour avoir suffisamment de place et construire les bâtiments. Il faut aussi enlever la tourbe quand cela est nécessaire, ce qui rejette de grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère. Sachant qu’un puits sur dix est exploitable en moyenne, cela signifie que neuf fois sur dix, 10 hectares de forêts sont gaspillés au minimum. La déforestation s’opère aussi lors de la construction d’oléoducs.

ð  Canada : pour l’exploitation des sables bitumeux.

ð  Pérou : Pour la construction d’oléoducs et de puits de forage dans la foret amazonienne.

Extinction d’espèces : Il est difficile de savoir quel sont les impacts de l’exploitation pétrolière (ou de les prouver) sur les écosystèmes, la faune et la flore mais il est évident que cette industrie a des conséquences surtout sur les espèces fragiles. On peut penser aux espèces de poissons supportant mal les hydrocarbures ou les arbres fruitiers s’asséchant.  

989_MareeNoire_ANaufrage de l'Exxon Valdez

Impacts humains :

                Appauvrissement de l’agriculture : Il a été remarqué dans plusieurs pays que l’exploitation pétrolière avait des conséquences néfastes sur les terres à cultiver dues aux quantités importantes de déchets toxiques rejetés ou aux fuites de puits, mais aussi sur certains arbres fruitiers par la pollution de l’air.

ð  Congo

ð  Nigéria

Augmentation des maladies pour les populations locales et pour une exposition trop longue : que ce soit à cause de la pollution de l’eau par les rejets dans les piscines ou de l’air par la combustion de grande quantités de pétrole qui ont eux-mêmes des répercussions sur les écosystèmes, la faune et la flore, les hommes restent une espèce naturelle et est donc touchée par toutes ces pollutions. Les conséquences sur sa santé sont importantes :

ð  Cancers (air et eau)

ð  Attaques cardiaques (air et eau)

ð  Troubles du système nerveux (benzène)

ð  Troubles de la vue

ð  Anémies (benzène)

ð  Leucémies (benzène)

ð  Problèmes chez le fœtus (benzène)

ð  Nausées (cadmium)

ð  Troubles chroniques aux reins et aux poumons (cadmium)

ð  Hypertension (cadmium)

ð  Maladies provoquées par l’arsenic, le plomb et le mercure

ð  Problèmes respiratoires, asthme (air)

Paupérisation des populations locales : Dans la plupart des pays disposant de pétrole, les populations ne jouissent pas de la richesse de l’exploitation pétrolière. Ce sont les multinationales de l’industrie pétrolière et les gouvernements plus ou moins corrompus qui en bénéficient. Voici quelques exemples :

ð  Pérou

ð  Moyen-Orient

ð  Congo

ð  Nigéria

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Création de conflits : Suite à ces injustices de répartition des richesses dans les pays possédant du pétrole, certaines personnes, ne croyant plus leur gouvernement, décident de se battre pour une meilleure équité ou simplement pour leur propre épanouissement fiducier. Des groupes armés se forment et de violents combats apparaissent avec les forces de l’ordre.

        ð  Nigéria

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3)    Catastrophes

Nous pouvons tout d’abord dresser une liste non exhaustive des risques liés à l’industrie pétrolière :

-          Explosion de gaz

-          Incendie d’hydrocarbures

-          Accident d’un camion citerne

-          Marées noires

-          Dégazages illégaux

-          Fuites voire rupture d’oléoducs

 

Nous laisserons le soin au lecteur de découvrir la liste des principaux déversements pétroliers recensés : ici

maree_noire3_9d574Fuite sous marine, plateforme pétrolière BP 2010 dans le Golf du Mexique

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       4)      Des accords environnementaux

Le bilan environnemental, vous l’aurez compris, peut laisser à désirer mais les dégâts sont importants, donc il est relativement aisé de les réduire substanciellement. Aussi, des accords ont été signés et nous avons pu voir une diminution des rejets ces 40 dernières années, notamment marins, liés à l’industrie pétrolière.

La pollution atmosphérique :

Comme le pétrole est une importante source de pollution atmosphérique qui est au centre d’un débat international, des Convention Internationales ont été signées. Cette partie concerne principalement les rejets provoqués par la combustion du pétrole, et non son cheminement dans l’industrie pétrolière.

ð  La Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) a été créée en 1992 lors de la Conférence de Rio de Janeiro.

ð  Le protocole de Kyoto a été rédigé en 1997 et demande aux pays de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Les objectifs recouvrent les émissions de six principaux gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, monoxyde de diazote, hydrofluorocarbone (HFC), perfluorocarbone (PFC) et hexafluorure de souffre.

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ð  Certains gouvernement ont inventé des solutions favorisant la réduction de la pollution. Par exemple, les entreprises du Royaume-Unis émettant beaucoup de gaz à effet de serre doivent acheter des « droit à polluer ». Plus les rejets sont conséquents, plus l’entreprise doit en acheter. Mais le principe clé est que ces droits peuvent être revendus. Ainsi, les entreprises faisant des efforts dans leur impact environnemental peuvent vendre leurs droits à d’autres et investir pour réduire encore et revendre encore.

La pollution maritime :

ð  Convention Internationale OILPOL et la Convention de la création de l’Organisation Maritime Nationale (OMI) en 1954 étaient les premières tentatives de réduction de la pollution maritime et ont instauré des règles de circulation, des délimitations dans les eaux mondiales et des obligations de matériel en bon état.

ð  La convention MARPOL 73/78 a été adoptée en 1982 après la marée noire de l’Amoco Cadiz (223 000 tonnes en 1978) et a évolué en fonction des catastrophes et des demandes des Etats. Elle a eu un grand succès dans la mesure où elle réduit d’environ 10 fois les rejets d’hydrocarbures dans l’eau en 30 ans. En voici les grandes lignes :

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o   « l'interdiction de rejeter à la mer des hydrocarbures ou des mélanges d'hydrocarbures dans des zones spéciales : mer Rouge, mer Méditerranée, mer Baltique, mer du Nord, mer d'Irlande, mer Celtique, Manche ainsi que la zone des golfes ;

o   l'utilisation de citernes à usage de ballasts indépendantes des citernes à pétrole;

o   l'utilisation de citernes réservées à la récupération des eaux de nettoyage des citernes à pétrole ou le nettoyage par la technique de pétrole brut sous pression ;

o   l'obligation pour les navires de plus de 5000 tonnes construits après le 6 juillet 1996 ou les navires ayant plus de trente ans de posséder une double coque ou un équivalent en terme de sécurité (pont intermédiaire ou coque à double paroi latérale) ;

o   la création dans les ports de chargement ou de déchargement de structures capables d'accueillir et de traiter les eaux de nettoyage ;

o   l'inspection régulière des bateaux par les autorités des ports où accostent les bateaux (et non plus uniquement les autorités des pavillons des bateaux). »

D’après http://www.unctad.org/infocomm/francais/petrole/ecopol.htm

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Même si nous ne pouvons que déplorer les actions polluantes des industries pétrolières qui restent protégées des instances internationales ainsi que leurs conséquences importantes sur la nature alentour (eau, air, sols, espèces) et les populations locales (maladies, pauvreté), nous pouvons tout de même apprécier les conventions internationales mises en place pour réduire la pollution par les hydrocarbures. Essayer d’agir de manière citoyenne et humaniste lorsque ça nous est possible afin d’aider les populations locales et améliorer la prise en compte de l’environnement dans le processus de création du pétrole est nécessaire.

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Voir les ressources à la fin du site.